Si vous avez déjà répondu à un appel à projets USAID, UE ou ONU, vous avez croisé ces six mots sans toujours savoir exactement ce qu'ils recouvrent : pertinence, cohérence, efficacité, efficience, impact, durabilité. Ce sont les six critères d'évaluation de l'OCDE, le cadre de référence que la quasi-totalité des bailleurs internationaux utilisent pour juger un programme de développement. Les comprendre, ce n'est pas un exercice académique. C'est ce qui détermine si votre rapport d'évaluation sera jugé sérieux ou superficiel.

Que vous parliez de MEAL, de SERA, de S&E, de MERL ou simplement de suivi et évaluation, ces six critères s'appliquent de la même façon : c'est un cadre commun à toute la profession, quel que soit le nom que votre organisation lui donne.

D'où vient ce cadre ?

Le Comité d'aide au développement de l'OCDE a défini ces critères pour donner un langage commun à l'évaluation de l'aide internationale. La version actuelle, révisée en 2019, compte six critères. La cohérence a été ajoutée aux cinq critères historiques pour mieux capter comment une intervention s'articule avec les autres actions menées dans le même contexte.

1. Pertinence : fait-on la bonne chose ?

La pertinence interroge l'adéquation entre l'intervention et les besoins réels. Un programme peut être parfaitement exécuté et rester non pertinent s'il répond à un besoin que personne n'a exprimé, ou s'il a été conçu sans consulter les populations concernées. Concrètement, un évaluateur cherchera si les objectifs du programme correspondent aux priorités des bénéficiaires, aux politiques nationales du pays d'intervention, et aux priorités du bailleur.

2. Cohérence : s'articule-t-elle avec le reste ?

Ce critère, le plus récent des six, regarde à la fois la cohérence interne (est-ce que les différentes composantes du programme se renforcent mutuellement, ou se contredisent ?) et la cohérence externe (est-ce que cette intervention complète ou duplique ce que font d'autres acteurs sur le même territoire ?). Deux ONG qui distribuent le même kit sanitaire dans le même village sans se coordonner : c'est un défaut de cohérence externe typique.

3. Efficacité : atteint-on les objectifs ?

L'efficacité mesure dans quelle mesure les objectifs fixés ont réellement été atteints. C'est ici que le cadre logique et les indicateurs SMART entrent en jeu directement : sans objectifs mesurables définis en amont, il est impossible de juger l'efficacité autrement que par une impression.

4. Efficience : à quel coût ?

L'efficience compare les résultats obtenus aux ressources mobilisées : temps, argent, personnel. Un programme peut être efficace (il atteint ses objectifs) sans être efficient (il y arrive en dépensant trois fois le budget prévu, ou en deux fois le temps annoncé). C'est le critère que les bailleurs examinent le plus près lors des audits financiers.

5. Impact : quelle différence cela fait-il vraiment ?

L'impact regarde au-delà des résultats immédiats du programme, vers ses effets à plus grande échelle, y compris les effets non recherchés, positifs comme négatifs. C'est le critère le plus difficile à mesurer, parce qu'il demande souvent d'isoler l'effet du programme d'autres facteurs qui évoluent en parallèle. C'est précisément le rôle des méthodes d'évaluation d'impact comme les essais randomisés contrôlés ou la différence-en-différences.

6. Durabilité : les bénéfices vont-ils perdurer ?

La durabilité demande si les bénéfices du programme continueront après la fin du financement. Un puits construit mais jamais entretenu parce que personne localement n'a été formé à sa maintenance : c'est un échec de durabilité, même si le programme a été efficace et efficient au moment de sa mise en œuvre.

Comment s'en servir concrètement

Dans un rapport d'évaluation, les six critères ne sont pas six sections cosmétiques à cocher. Ce sont six angles d'analyse qui doivent structurer la collecte de données elle-même, dès la conception du plan de suivi-évaluation. Un bailleur qui lit un rapport où la durabilité ou la cohérence sont absentes ou traitées en une phrase comprend immédiatement que l'évaluation a été bâclée.

Les six critères ne remplacent pas un cadre logique bien construit. Ils servent à vérifier, après coup, que ce cadre logique tenait vraiment ses promesses.